Comment déterminer mes goûts en matière de vins ? Suite… Les vins rouges

Souvenez-vous, dans mon article du 5 février dernier sur « Comment choisir un vin au supermarché ? », je vous disais qu’il était, au préalable, essentiel de vous poser 3 questions, dont la première était de connaître vos goûts en matière de vin.
Pour un néophyte ou même un amateur —mais qui ne dispose pas de connaissance en œnologie—, la question n’est pas aussi simple qu’elle y paraît !

Vous pouvez certainement dire si vous préférez le vin rouge au vin blanc, si vous préférez le rouge bien charpenter ou celui qui est subtil et plein de finesse, soyeux ou tannique. Quoi que, là, cela commence déjà à être un tantinet plus technique. C’est quoi tannique par exemple ?
En matière de blancs, même la différence entre un vin sec et doux peut être mal jugée par le néophyte. En dégustant avec des amateurs, j’entends souvent « ce vin est sucré ».
D’abord –et j’y reviendrai dans un prochain article sur « le vocabulaire du vin »–, on ne dit pas d’un vin qu’il est sucré (sauf éventuellement, si l’on veut indiquer un défaut d’équilibre en matière de sucrosité et encore, il existe d’autres termes plus explicites), on parlera plutôt de douceur ou de moelleux ou de liqueur. En outre, beaucoup de dégustateurs confondent rondeur et sucres résiduels. Un vin peut être rond et être totalement sec, alors que certains vins qui présentent à l’analyse plusieurs grammes, voire dizaines de grammes de sucres résiduels peuvent se goûter relativement sec grâce à une acidité importante équilibrant ces derniers.
Alors essayons de déblayer le terrain.
Pour arriver à cet objectif, je devrai me limiter à schématiser, la réalité est plus complexe, et si vous souhaitez en savoir plus, je ne puis que vous conseiller de suivre une formation.
Le 13 avril dernier nous avons commencé par les vins blancs. Poursuivons aujourd’hui avec les vins rouges

2. les vins rouges :

2.1. Vous appréciez des vins légers, floraux et très fruités, frais et pas tanniques, pour l’été ou pour accompagner des cochonnailles et autres saucissons par exemple?

Alors songez à un vin issu du cépage Gamay. Vous y retrouverez des arômes de banane, de bonbon anglais, de pêche, de pivoine, d’iris, de rose, de cerise sur alcool, de fruits rouges, etc. Le premier vin auquel on pense lorsque l’on parle de gamay est le Beaujolais. Toutefois, quand on parle de Beaujolais, les néophytes pensent nécessairement Beaujolais nouveau. Or, il n’existe pas un Beaujolais mais bien des Beaujolais.
Beaujolais, Beaujolais supérieur, Beaujolais Villages, Beaujolais nouveau et Beaujolais primeur. De quoi s’y perdre ! Il existe même un peu de blancs et de rosés.
Le Beaujolais primeur est un vin léger et sans prétention gastronomique, alors qu’un Moulin-à-Vent (un des dix crus de Beaujolais) donne un vin corsé avec un potentiel de garde. A contrario, le Beaujolais nouveau n’a AUCUN potentiel de garde. Vous trouverez les vins le plus sur le fruit dans un Beaujolais primeur ou dans les crus de Saint-Amour, Julienas, de Fleurie et de Brouilly. Ce dernier est plus structuré, moins léger. Les Beaujolais Villages bénéficient des meilleurs sols pour du gamay. Les Beaujolais se servent à des températures de l’ordre de 10 à 12°C.

Beaujolais nouveau : véritable tradition ou pure opération marketing

Vous n’êtes pas Beaujolais ?

Peut-être préférerez-vous un vin vous rappelant vos dernières vacances à la montagne. Essayez un Vin de Savoie Jongieux ou Chautagne !

Vous ne skiez pas ?

Pas de soucis, La Loire propose aussi des vins de ce type : comme par exemple l’Anjou Gamay ou un Touraine Ambroise ou Mesland. Et pourquoi pas un Bourgogne ? un Bourgogne Passetoutgrain ou encore un Mâcon.

Après tout cela, vous me dites, je n’aime pas le gamay.

Je ne suis pas contrariant, je vous propose le Cabernet Franc. Dans la même région de Loire, un Saumur rouge, un Chinon, un Bourgueil ou encore un Saint-Nicolas-de-Bourgueil.

2.2. Vous préférez des vins fins, délicats, souples et élégants ?

Pensez à un Bourgogne. Bien entendu, il y aura des nuances. D’une part, et peut-être encore plus qu’ailleurs, il convient de bien choisir le domaine, la maison, le Château ou le propriétaire car il y peut y avoir des différences qualitatives beaucoup plus importantes que les différences de prix. Bon nombre de vignerons profiterons du prestige d’une appellation pour vendre cher leur vin, et ce même si ils y apportent moins de soin et d’attention que d’autres. En clair, il faut absolument connaître la réputation du vigneron ou du négociant avant d’acheter son vin.
Comme je le dis souvent, il est préférable d’acheter un vin d’une appellation moins prestigieuse mais élaboré par un domaine reconnu pour la qualité de ses vins.

En outre, et même si c’est schématique, un Bourgogne n’est pas l’autre. Ainsi, on a coutume de dire que les Chambolle-Musigny (Côte de Nuits), les Volnay, les Savigny-lès-Beaune, les Chorey-lès-Beaune ou les Pernand-Vergelesses (Côte de Beaune) sont des vins « féminins », c’est-à-dire des vins fins, subtils et délicats.
De même, on dit que les Gevrey-Chambertin (Côte de Nuits), les Pommard et les Corton (Côte de Beaune) sont des vins « masculins » car plus puissants, plus fermes (=tanniques). Une alternative à ces Bourgogne se trouvent dans les Bordeaux de la rive droite, c’est-à-dire les Pomerol et les Saint-Emilion et les autres AOC qui présentent une proportion importante de Merlot.
Les Morey-Saint-Denis et Vosne-Romanée sont des vins combinant les deux –subtilité et puissance.
Vous trouverez aussi des vins corsés mais aux tanins fins, tels que les Aloxe-Corton, les Chassagne-Montrachet (et oui, il existe aussi des vins rouges sous cette AOC), Santenay, Maranges et certains Beaune. Un peu plus au sud, sur la Côte Chalonnaise, on trouve df’excellents vins comme les AOC Givry, mais aussi les Rully et Mercurey.

2.3. Finalement ce que vous préférez ce sont des vins charpentés

2.3.1. Qui en outre sont gorgés de soleil

Vous trouverez votre bonheur dans les vins de Corse, de Provence, de Languedoc, du Roussillon mais aussi du Rhône. Dans cette dernière région, si vous avez un budget confortable, pensez à un excellent Châteauneuf-du-Pape (Rhône Méridional) ou un Côte Rôtie, voire un Hermitage (Rhône Septentrional), ou avec un budget plus limité à un Lirac, un Gigondas, voire un Vacqueyras (Rhône Méridional) ou encore un Cornas (Rhône septentrional). Vous y trouverez puissance aromatique et du soleil à profusion.
La grande différence entre les vins du Rhône nord et le Rhône sud se situe au niveau des cépages. Au nord, les vins sont élaborés essentiellement à partir de la Syrah, alors qu’au sud ils sont élaborés à partir d’un assemblage (jusqu’à 13 cépages) dont le Grenache, le Mourvèdre, la Syrah, le Cinsault et le Carignan

Dans les vins du Languedoc, l’AOC Corbières produit d’excellents vins. De manière générale, les vins résultants d’un assemblage de Syrah, Grenache, Mourvèdre, Cinsault et Carignan devraient combler vos attentes (Fitou, Minervois, Coteaux du Languedoc, Saint-Chinian, Faugères)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2.3.2. Gorgé de soleil mais vinifié en vin doux

Plus particulier mais se mariant bien avec le chocolat (c’est rare), le fromage à pâte persillée ou le melon, Le Rasteau est un VDN ou Vin Doux Naturel, c’est-à-dire avec un taux de sucre résiduel important. Le Banyuls, le Maury et le Rivesaltes (rouge) sont d’autres VDN en provenance de la région Languedoc et Roussillon.

2.3.3. Qui en outre sont particulièrement fermes/tanniques

Alors, il faut vous rendre dans le Sud-Ouest (ou à tout le moins à l’emplacement qui leur est réservé au sein du rayon vin) où vous trouverez les AOC Cahors et Madiran qui sont des vins très tanniques (ce dernier est élaboré majoritairement avec un cépage appelé le Tannat, et le second en contient). Plus explicite, ce n’est pas possible !
En Provence, lorsque le vin est jeune, l’AOC Bandol produit aussi des vins très fermes mais qui s’assouplissent avec 10 à 15 ans de patience.

2.3.4. Qui ont vu le soleil mais sans excès et l’exubérance du sud

Vous l’aurez deviné, nous nous rendons dans le Bordelais et en particulier sur la rive gauche de la Gironde et de la Garonne. Les vins les plus tanniques se retrouvent dans les appellations Saint-Estèphe et Saint-Julien. Les autres AOC sont Pauillac, Margaux (plus féminin), Graves et Pessac-Léognan. Vous pourrez trouver votre bonheur à prix plus raisonnable dans les appellations Médoc, Haut-Médoc, Moulis-en-Médoc ou Listrac-Médoc. A côté des prestigieux crus classés, il y a aussi les crus bourgeois et les crus artisan qui sont plus abordables.

Même si ces articles ne remplaceront pas l’apprentissage et la connaissance, l’expérimentation ou le conseil d’un expert, ils devraient vous permettre d’y voir déjà plus clair quant à vos régions, voire vos appellations de prédilection.
Bien entendu, il faut encore répondre à la question du budget et celle de l’accord avec les mets que vous allez préparer. Pour cela je vous donne rendez-vous dans mes prochains articles !

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